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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 11:12

Mediapart | Silence, on réprime au Tchad

14 mai 2013 Par Cécile Leclerc

Deby se croit tout permis. Fort de son engagement militaire au Mali, le président tchadien a choisi son moment pour faire le ménage à N'djamena. Et ce ne sont pas ses voisins africains et encore moins l'allié français qui vont lui tirer les bretelles. Tant pis pour les sacro-saints droits de l'homme.

Tout commence le 1er mai. Les autorités tchadiennes annoncent avoir déjoué « une conspiration » et arrêté ses investigateurs à la caserne de Gassi, une division de blindés de la garde présidentielle à la sortie sud de la capitale. Des combats auraient éclaté et tué entre trois et huit personnes. Difficile d'en savoir plus. S'en suit une vague d'interpellations de députés et de généraux. Au total, selon RFI, radio france internationale, une dizaine de personnalités, civiles et militaires, ont été inculpées dans le cadre de cette tentative présumée de déstabilisation du pouvoir. Parmi elles : deux députés de l'opposition, et celui qui est présenté comme le cerveau du complot, l'ancien rebelle Moussa Tao Mahamat. Le collectif d'avocats qui défend les accusés dénonce le non-respect de la procédure : absence de levée de l'immunité parlementaire pour les députés, descente aux domiciles sans mandat, maintien en garde à vue malgré l'expiration du délai légal,.. Pour le parti d'opposition CPDC, la Coordination des partis pour la défense de la Constitution, il est clair que le président tchadien instrumentalise la justice pour se débarrasser de ses opposants politiques. C'est aussi la crainte de la Fédération internationale des droits de l'homme qui rappelle que « l’histoire récente du Tchad a montré que les tentatives de coup d'Etat, avérées ou non, servent le plus souvent à des purges ou à des règlements de compte ».

La presse attaquée

Tant qu'à faire, Deby profite du moment pour faire taire les journalistes de la presse indépendante et d'opposition. Des acteurs de l'information gênants. Après l'arrestation du blogueur Jean-Etienne Laokolé le 23 mars, c'est au tour du journaliste Eric Topona de se voir inculpé lundi 6 mai pour « atteinte à l'ordre constitutionnel ». Eric Topona, par ailleurs correspondant de la Deutsche Welle la radio internationale allemande au Tchad, est le secrétaire général de l'Union des journalistes tchadiens. Le lendemain, mardi 7 mai, le trésorier de ce même syndicat, Moussaye Avenir de la Tchiré, directeur de publication du journal Abba Garde, est arrêté. Il est poursuivi pour « incitation à la haine et au soulèvement populaire ». Tous ces journalistes sont accusés d'avoir échangé des mails subversifs, en clair d'avoir appelé à un printemps arabe au Tchad. Ils démentent. Dans tous les cas, leurs boîtes mails ont été piratées (pour avoir accès au contenu), il est dès lors difficile de savoir qui a réellement écrit ces mails. Une chose est sûre : leur vie privée a été violée. Et ces journalistes vont devoir attendre encore quelques semaines en prison : le juge chargé de leur dossier est en voyage, et ne devrait revenir à N'djamena que fin mai, selon un proche de l'un des accusés. Quel bel hasard !

Dans cette même affaire, un autre blogueur tchadien en exil est dans le viseur des autorités tchadiennes. Son nom : MakailaNguebla. Son blog (http://makaila.over-blog.com/ )critique du régime de Déby est très suivi à Ndjamena et par la diaspora tchadienne. Makaila vivait à Dakar depuis 2005, sans n'avoir jamais obtenu l'asile politique. Il est expulsé du Sénégal dans la nuit du 7 au 8 mai vers la Guinée...trois jours après la visite du ministre tchadien de la justice Jean-Bernard Padaré à Dakar. Depuis, les organisations de défense de la presse appellent Conakry à ne pas extrader le blogueur vers le Tchad, où sa vie serait menacée. Et elles dénoncent le comportement des autorités sénégalaises. La honte pour un pays considéré comme un modèle démocratique sur le continent. Quant à l'ONG Reporters sans frontières, elle parle d'une « lourde opération anti-presse » en cours au Tchad.

Un silence qui en dit long

Bref, voilà qui doit bien embarrasser le chef d'Etat français François Hollande. Lui qui avait juré d'en finir avec la Francafrique, mais qui a besoin d'Idriss Deby, aujourd'hui plus que jamais. Le président tchadien est devenu l'homme fort de la région. Depuis la mort du guide libyen Mouammar Kadhafi, il n'y a plus grand monde pour lui faire de l'ombre. Et Deby a su gagner en puissance ces derniers mois. Il y a tout d'abord eu la crise en Centrafrique. Le chef d'Etat tchadien lâche son poulain François Bozizé qu'il avait installé à Bangui par un coup d’État en 2003. Et il soutient -plus ou moins- l'avancée des rebelles de la Seleka qui prennent le pouvoir fin mars. La Centrafrique reste ainsi dans le pré-carré du président tchadien. Victoire.

Et puis, le 11 janvier, la France lance l'opération Serval au Mali. Le Tchad est l'un des premiers pays à répondre présent. Au total,N'djamena a envoyé 2000 hommes qui ont combattu en première ligne aux côtés de l’armée française dans le massif des Ifoghas, où étaient retranchés les djihadistes. Avec 38 soldats tués au combat, le Tchad a payé un lourd tribu. Et puis, ce sont ses troupes qui auraient tué Abou Zeïd, le haut responsable d'AQMI, Al-Qaïda au Maghreb islamique. Pas étonnant dès lors d'apprendre que Paris aurait invité l'armée tchadienne pour le défilé du 14-Juillet, même si l’Élysée n'a pas confirmé.

Pas étonnant, mais honteux. Le gouvernement français préfère faire la sourde oreille. Quoi ? On réprime au Tchad ? Mais non, qui vous le dit ? Personne, d'ailleurs, regardez : très peu de médias en parlent. Il aura fallu attendre un point de presse et une note de bas de page pour obtenir lundi 13 mai une simple déclaration d'usage : le Quai d'Orsay estime que « les personnes mises en cause doivent pouvoir se défendre et bénéficier de la présomption d'innocence » et redit son attachement « au respect des droits de l'Homme et de l'État de droit au Tchad ». Circulez, y'a rien à voir. Rien à dire. Continuons à nous taire. Après tout, Idriss Deby mérite bien cette récompense de la part de la France : un silence sur sa politique de répression.

Source : Cliquez sur Silence, on réprime au Tchad ! - Mediapart

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